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Mise en œuvre de l’AP dans mon collège : changement de posture face aux élèves
Article mis en ligne le 19 mars 2018
dernière modification le 13 mars 2018

par Kristel Gabarra Lazorthe
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Au fur et à mesure des années, notre public évolue et les injonctions venant d’en haut changent. Une de ces injonctions qui accompagnaient la réforme du collège à la rentrée 2016 était de changer sa position vis à vis de l’élève.

Celle-ci s’est traduite par la mise en place d’heure d’Accompagnement Personnalisé (AP). Elle a tout d’abord fait peur et surtout fait couler beaucoup d’encre notamment à cause du nom qu’elle porte et de ses différentes façons d’être mise en place dans les établissements. Mais en prenant du recul et en analysant nos élèves et leur travail, nous nous sommes dits, mes collègues et moi-même, que c’était l’occasion d’adapter nos pratiques, sur une heure dans la semaine ou bien sur toutes les heures.

J’en ai alors profité pour mettre à profit toutes les recherches que j’avais faites jusqu’alors sur la classe inversée.

Dans mon établissement, plusieurs problèmes se posaient, dont, principalement, le manque de travail personnel (apprentissage ou travail écrit) de nos élèves. Je me suis donc lancée dans ce dispositif en changeant entièrement ma façon de faire cours.

Le dispositif d’accompagnement personnalisé n’est pas le même suivant les niveaux. En 6e et en 3e, nous avons des heures ciblées car celles-ci se déroulent en co-enseignement. En 5e et en 4e, nous sommes libres de faire ces heures n’importe quand car l’heure d’AP se traduit par la conservation des demi-groupes.

Je vais donc vous présenter la méthode générale que j’ai mise en place dans tous mes niveaux puis l’évolution de cette méthode avec une année de recul.

Tout d’abord les élèves doivent se questionner sur le titre de la leçon. Puis j’introduis la notion à travailler en ciblant les objectifs à travailler, à travers des activités de découverte. Ensuite on tire un bilan de ces activités. Les élèves repartent donc à la maison avec leurs activités cherchées et corrigées, leurs bilans écrits et la leçon complète ou presque complète. Ils doivent apprendre cette leçon, à travers la confection d’une fiche leçon que je vérifie dans une des séances suivantes.

De retour en classe, je redonne des explications au sujet de la leçon et de ce qui n’a pas été compris et on complète les derniers exemples ensemble. C’est alors que vient la phase de travail où je peux le mieux accompagner les élèves.

Les élèves s’entraînent à appliquer la leçon à travers des exercices différenciés présentés dans une grille à 3 colonnes (application simple, application complexe, approfondissement). Chaque objectif est présenté dans une ligne différente.

L’élève sait sur quel objectif il travaille et dans quelle partie de leçon il peut retrouver les informations nécessaires.

Afin d’optimiser ce travail en classe, celui-ci se déroule en îlots choisis par les élèves à chaque début de période. Pendant ces moments d’entraînement, les élèves ont le droit de chuchoter et de s’entraider. Ils ont plusieurs séances pour s’entraîner. Nous faisons régulièrement des corrections afin que les élèves n’acquièrent pas de fausses images mentales.

Cette organisation me laisse alors du temps pour aller voir certains élèves en particulier, pour simplement les mettre au travail ou pour les accompagner plus précisément sur certains points.

Je me suis rendue compte en mettant en place ce fonctionnement que la gestion de classe s’en trouvait facilitée.

Afin de contrôler l’acquisition des notions par les élèves, je faisais des activités mentales à chaque début d’heure. Cela me permettait aussi de redonner des explications sur certains points. De plus je faisais une interrogation d’application simple toutes les semaines.

Je faisais aussi un contrôle tous les mois pour évaluer l’application plus complexe des notions travaillées depuis quelques semaines et qui avaient eu le temps de mûrir dans la tête des élèves.

Bien évidemment, ce fonctionnement demande une progression dans laquelle les leçons changent régulièrement (à peu prés une leçon par semaine). Celle-ci était construite avec mes collègues et appliquée par tous.

Comme toute première année de mise en place d’un nouveau fonctionnement, on se questionne sur ce qui a fonctionné qui est à conserver et ce qui est à améliorer ou à supprimer. Pour faire une analyse assez complète, j’ai créé un questionnaire que j’ai fait passer à tous mes élèves. Celui-ci portait sur chaque partie de mon enseignement et donc de mes séances : diaporamas, contenu des leçon (des polycopiés que je leur distribuais), travail en autonomie et en groupe, évaluation.

Les élèves ont répondu très sincèrement et la majorité des choses étaient selon eux à conserver. Cela m’arrangeait car moi-même j’avais cette année-là enfin trouvé une méthode qui me satisfaisait dans son ensemble même si plusieurs points devaient être améliorés. J’ai donc conservé dans sa globalité la méthode, cependant selon les élèves, beaucoup d’exercices de la colonne de gauche (exercices à faire si l’élève a des difficultés pour les exercices du milieu) n’étaient pas faits. J’ai donc dû réfléchir à une meilleure utilisation de cette grille d’exercices afin d’avoir une meilleure différenciation encore.

J’ai alors cette année instauré, pour chaque objectif, un petit test très similaire aux exemples de la leçon, visant à savoir si l’élève a compris cette partie de la leçon.

Dès lors que la leçon a été introduite et distribuée, les élèves l’apprennent, font leur fiche et résolvent le test de chaque objectif.

De retour en classe, on corrige ces tests et ensuite chaque élève crée son plan de travail qu’il effectue ensuite en classe, en autonomie avec l’aide, s’il en a besoin, de ses camarades ou de moi-même.

Suite aux résultats de ce sondage, j’ai aussi espacé les interrogations en n’évaluant les élèves que tous les 15 jours.

D’autre remarques n’ont pas encore pu être mises en place. D’autres interrogations sont encore venues se rajouter notamment en ce qui concerne la correction des exercices qui me pose problème.

Puisque tous les élèves travaillent à leur rythme, il peut y avoir un gros décalage. Je suis donc pour l’instant obligée de mettre en place des étapes intermédiaires obligatoires avec par exemple la correction d’exercices que certains élèves n’ont pas à faire et dont ils doivent quand même écouter la correction. J’ai essayé une correction en autonomie avec comme support la correction tapée et distribuée à travers quelques photocopies. L’élève avait alors comme travail de corriger son exercice, de l’analyser et de m’appeler lorsqu’il ne comprenait pas . Cette méthode était très chronophage en terme de préparation et utilisait beaucoup de papier. Le numérique aurait alors là toute sa place afin d’économiser du temps et du papier. Cependant je n’ai pas encore trouvé la mise en place optimale.

Je me demande aussi comment développer la curiosité des élèves. La méthode utilisée cette première année (se questionner au sujet du titre de la leçon) n’a pas du tout fonctionné. Je l’ai alors remplacé par l’analyse d’image afin de deviner le titre de la leçon. Cela fonctionne beaucoup mieux et cela permet de poser les objectifs de la leçon et de faire un brainstorming des savoirs des années précédentes retenus par les élèves avant d’entamer un travail plus approfondi si besoin.

Je me pose aussi des questions au sujet des activités d’introduction dont l’intérêt n’est pas toujours bien compris des élèves. Certaines ne me semblent pas nécessaires, et je m’oblige à en faire à chaque leçon comme si c’était un passage absolument obligatoire avant d’introduire le contenu de la leçon.

Je me suis alors mise à faire des recherches d’informations autour de cette question et j’en suis venue à découvrir des articles sur la pédagogie explicite. J’ai alors remarqué que plusieurs parties de mon fonctionnement collaient à ce type de pédagogie.

J’ai l’impression que cette méthode et sa mise en place m’ont permis de gagner la confiance de mes élèves et notamment de certains élèves en grosses difficultés voire en situation de décrochage.

Certains de ces élèves sont encore à la limite du ravin du décrochage et je souhaiterais vraiment trouver un moyen de les empêcher de tomber. Je m’intéresse donc aussi aux ceintures de compétences (le nom ne me convient pas mais l’idée est selon moi bonne).

En conclusion, cette injonction m’a permis de modifier mon positionnement dans ma classe et mettre en place diverses pédagogies qui se croisent afin de rattraper le maximum d’élèves et de les amener tous le plus loin possible dans leur ascension personnelle. Chaque élève part du niveau qu’il a pour progresser dans chaque objectif qu’il doit atteindre cette année en mathématiques.

En passant du « face à face » au « côte à côte », je sens que je suis plus proche encore du métier d’enseignant qui accompagne ses élèves.

Au fur et à mesure des années, j’aimerais répondre aux interrogations qui sont encore présentes dans ma tête. Mais je sais aussi qu’avec l’évolution rapide de notre société et donc de nos élèves, d’autres questions vont apparaître. C’est aussi cela le métier d’enseignant, une éternelle remise en question afin de faire progresser le maximum d’élèves.

 

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Les Chantiers de Pédagogie Mathématique n°176 mars 2018
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