Un projet NEFLE
Dans notre métier, il y a des projets plus ou moins lourds à mener. Les freins à leur mise en place peuvent malheureusement être nombreux, des obligations du calendrier scolaire aux démarches administratives complexes. Et il y a également des projets qui nous plongent dans l’inconnu ! C’est bien ce sentiment que j’éprouve au quotidien et auquel j’ai été confronté en souscrivant au projet de « classe flexible » que ma collègue de physique-chimie, Patricia, m’a proposé.
Ma mention de Patricia n’a rien d’anecdotique : son dynamisme et ses ressources sont le moteur du projet. Il y a quelques années, elle a décroché une subvention NEFLE (Notre école, faisons-la ensemble, guide sur le site Éduscol, Ministère de l’Éducation nationale) pour transformer son laboratoire de physique-chimie. Le changement a d’abord été structurel : sa salle rectangulaire a pivoté de 90°. Désormais exploitée dans sa longueur, elle facilite une circulation fluide entre des îlots à géométrie variable. Toutefois, ce lieu reste dédié aux sciences expérimentales. Son usage ponctuel par les élèves rendait alors difficile le transfert de ces pratiques vers d’autres disciplines.
L’équipe de physique du lycée ne s’étant pas pleinement inscrite dans le projet, les tables n’ont pas de roues, ni les chaises… Et nous en reparlerons, ceci n’est pas accessoire. En somme, le mobilier peut servir pour mettre en place une pédagogie alternative ou non.
C’est donc motivée par le travail en équipe et grâce à sa pratique que Patricia a par la suite sollicité d’autres collègues pour un projet à plus grande échelle : m’y incluant, nous avons constitué ensemble une équipe éducative complète pour enseigner en classe flexible. Mais voilà, les subventions NEFLE sont maintenant réduites à peau de chagrin ou réservées au premier degré. Il nous a fallu chercher de l’argent ailleurs et improviser avec les ressources humaines et financières de l’établissement.
Mais enfin qu’est-ce- qu’une « classe flexible » ?
Une « classe flexible », c’est le nom donné à un dispositif pédagogique qui se veut favoriser l’apprentissage en offrant aux élèves plus de mobilité, d’autonomie et de motivation.
Une salle aménagée pour ce dispositif ne contient pas seulement des tables et des chaises mais des espaces distincts. C’est en passant d’un espace à un autre que la flexibilité se fait. Les élèves peuvent évoluer d’un îlot de tables banales à des tables hautes, d’un espace numérique à un espace plus « calme » ou encore vers un coin bibliothèque. Ainsi, donnons quelques exemples de modalités d’assises : Z-tool, pouf, chaises roulantes, canapé, gradins, galette de sol, tabouret oscillant, un vrai catalogue de la CAMIF…
notamment un dossier complet de la CARDIE
Mais, comme je l’ai expliqué en introduction, le mobilier ne fait pas tout. Cela passe surtout par la pédagogie mise en place et les gestes des enseignants.
L’îlot modulable : au-delà du mobilier, une nouvelle posture
Cette organisation permet aux élèves de travailler à plusieurs, pour organiser des échanges réflexifs en petits groupes ou pour mettre en place une différenciation pédagogique. Elle est aussi plus propice à l’entraide et au travail collaboratif.
Ainsi le professeur est moins au centre de la classe et devient surtout plus mobile. Il se déplace d’îlots en îlots pour échanger avec les élèves, il est donc plus accessible et peut aisément mettre en œuvre une pédagogie différenciée en accord avec les besoins des élèves en suivant par exemple individuellement ce qu’ils font. La « classe flexible » que nous imaginons au lycée s’inspire des lectures [1] que nous avons pu faire sur la « classe autonome » et le rôle de l’enseignant comme un régulateur au sein de la classe.
Notons également que pour les élèves les plus réservés et les plus fragiles, nous souhaitons proposer un espace de sociabilité plus restreint que celui de la classe entière et par conséquent un climat de classe plus serein afin qu’ils s’investissent et participent davantage.
Quelle configuration avons-nous choisi au lycée ?
Une fois réunis des collègues de SES, d’EPS, de physique-chimie, de maths, d’anglais, d’allemand, nous n’avions toujours pas de subvention ! Ni de salle d’ailleurs !
Devant l’accueil du projet par les autres collègues et le manque de salles au lycée, il ne nous semblait pas envisageable de transformer une salle banale avec une configuration « autobus » en classe flexible. Nous avons donc décidé d’attendre et de réfléchir au projet avec les premiers concernés : les élèves. L’année 2024-2025, l’équipe que nous avions constituée a partagé une classe de seconde avec laquelle nous avons réfléchi à ce que pourrait être notre classe flexible et nous avons écrit le projet pour le présenter à l’administration et obtenir un financement.
L’aubaine pour nous a été l’existence au sein du lycée de deux salles dites Stage 1 et 2, jusqu’alors réservées au GRETA ou stages externes, qui n’étaient que très peu utilisées. C’est ici que nous avons décidé d’installer la salle flexible à la rentrée suivante. À l’époque, nous avions envisagé une configuration qui nécessitait tout de même des travaux comme abattre une cloison.
Finalement, la classe de 2de8, année scolaire 2025 — 2026, a pris possession de la salle à la rentrée, certes, avec des tables classiques, des chaises classiques, une cloison encore présente mais avec tout de même beaucoup de surfaces pour écrire sur les murs, une salle annexe à aménager et surtout, des enseignants eux-mêmes flexibles.
En complément du mobilier élèves, nous avons effectivement investi les murs. Ces surfaces transforment la classe en « galerie d’exposition » : les élèves travaillent debout, changent de posture et interagissent plus activement. Écrire à la verticale libère le corps et favorise la coopération. Le mur d’écriture ou le tableau représentent aussi un moyen de développer la coopération entre élèves, de donner des responsabilités à tous les élèves pour qu’ils deviennent acteurs de leurs apprentissages. C’est aussi un moyen de laisser une trace écrite de cette réflexion.
En complément de cette surface d’écriture, nous avons voulu avoir des espaces d’affichages pour les productions des élèves. Il s’agit de montrer pour faire connaître, pour donner envie de faire, pour nourrir l’imagination et la recherche, pour valoriser. L’ensemble des productions peut donc être présenté, non pour « décorer » mais pour faire prendre conscience du travail effectué.
Quelles avancées depuis septembre ?
Aux aménagements envisagés s’ajoutaient du mobilier que nous avons pu acquérir au fil de l’année scolaire. Des armoires pour stocker du matériel (par exemple des jeux de maths…), une bibliothèque, des plantes, un espace numérique, une grande table ovale pour les travaux de groupe et un amphithéâtre ! Imaginé comme un lieu de présentation au groupe, l’endroit du débat, le forum, l’Agora se veut être un lieu citoyen où tout le monde échange, donne son avis et apprend à écouter celui des autres. Cette superbe réalisation est l’œuvre de M. Gonin, agent du lycée et ébéniste de formation.
L’espace continue à évoluer au fil du temps. L’absence d’un mobilier adapté empêche certainement les élèves de se projeter dans un modèle moins figé. Ainsi, lorsqu’ils arrivent en classe, ils s’assoient toujours aux mêmes places et demandent souvent l’autorisation pour se lever. L’équipe a décidé de fonctionner toujours par îlots en ayant tout de même des « groupes fixes » pour établir des rituels.
Récemment, nous avons laissé les élèves constituer de nouveaux groupes en leur fixant des contraintes (ne pas se répartir uniquement par affinités, faire des groupes mixtes, chercher des camarades avec qui on peut travailler). De cette manière, ils ont trouvé des combinaisons qui ont particulièrement fonctionné et c’était une très bonne source de motivation pour eux.
Quelles perspectives ?
Finalement, nous n’en sommes qu’au commencement. La commande de mobilier sera faite en avril et celui-ci ne sera probablement livré qu’en fin d’année scolaire et ne servira donc qu’à la rentrée prochaine. L’option retenue consiste à créer différents espaces avec « tables modulables » colorées dotées de seulement deux roulettes pour faciliter les déplacements rapides, des chaises offrant une assise avant et arrière ainsi que des tables et tabourets hauts.
Ce qui nous apparaît au quotidien, c’est que l’organisation de la classe se fait essentiellement par les modalités de travail proposées au groupe. Certes, les espaces peuvent être créés, c’est à l’enseignant d’imaginer des séances pour les faire vivre et permettre aux élèves d’y évoluer. Classe puzzle, plans de travail, parcours en autonomie avec les outils numériques comme Eléa ou MathAléa, oraux, autant de pistes que nous avons explorées pour mettre en place notre conception de la classe flexible.
Ces thématiques seront sûrement abordées dans les prochains Chantiers avec la possibilité d’y inclure vos propres retours d’expérience.
l’espace numérique
élèves qui travaillent en petits groupes |
la classe flexible
une configuration |
une autre configuration
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une troisième configuration
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Les chantiers de pédagogie mathématique n°208 avril 2026
La Régionale Île-de-France APMEP, 26 rue Duméril, 75013 PARIS


